Le fil conducteur

Si les programmes de l’éducation nationale ne cessent d’évoluer, de se transformer, les diverses moutures des textes officiels concernant l’enseignement de l’éducation musicale à l’école primaire restent unanimes sur l’articulation de quatre piliers fondamentaux : la pratique vocale, l’écoute musicale, les percussions corporelles et enfin la pratique instrumentale.

Ces activités exigent des compétences musicales spécifiques mais permettent également à l’élève de dépasser celles du champ disciplinaire. Il s’agit avant tout d’un enjeu beaucoup plus transversal, porté à la fois sur le vivre ensemble, l’épanouissement individuel et collectif. Il faut donc bien différencier « l’éducation musicale » de la « musique » ou encore le projet éducatif du simple divertissement… Si la dimension ludique occupe toutefois une place non négligeable, il est primordial de mesurer les savoirs enseignés, les savoir-faire mais aussi les savoir-être.

Les pratiques musicales

Chanter ensemble, chanter pour soi…

La pratique vocale a toujours occupé une place centrale dans l’enseignement musical français. Aujourd’hui, les enseignants continuent à préparer, composer un répertoire de chansons destiné à leur classe, afin d’élaborer une culture vocale commune. Cette pratique du chant collectif exige alors des compétences disciplinaires spécifiques : écouter les autres, se synchroniser sur un tempo commun, respecter et mémoriser la ligne mélodique, les nuances, le phrasé, le texte… Ainsi, le chant fédère, catalyse le groupe classe et permet par cette cohésion de valoriser l’implication de chaque élève. En témoignent les productions musicales ou les concerts de fin d’année, qui sont une source de motivation pour chacun d’entre eux et laissent parfois des traces indélébiles dans leur souvenir.

Si dans certains établissements, le chant collectif s’épanouit sous la forme d’une chorale ou d’un chœur polyphonique, d’autres pratiques peuvent également favoriser une expression vocale plus individuelle. C’est le cas des jeux vocaux. Plus courants au cycle 1, ils donnent à l’élève l’occasion d’explorer, de jouer avec sa voix tout en respectant des contraintes collectives parfois moins conventionnelles, comme c’est parfois le cas dans des jeux improvisés. Cette approche du chant ouvre d’autres perspectives où la voix n’est plus obligatoirement tributaire du sens du texte.  Du beat box, au scat, en passant par la découverte d’œuvres onomatopéiques – comme Stripsody par exemple – toutes les expérimentations vocales deviennent possibles… Le positionnement dans la pratique vocale collective peut alors devenir plus personnel et laisser plus d’espace à l’improvisation ou à la création (cf. DVD Le jeu vocal – Guy Reibel).

Écouter le monde

Écouter pour mieux chanter, écouter pour mieux se taire… Les programmes de 2008 insistent sur la notion d’écoute prolongée, mais au-delà de ce type de performance, l’objet n’est-il pas plutôt l’ouverture culturelle? Stimuler la curiosité et faire tomber toutes les résistances à ce qui est étranger? Si aujourd’hui les médias ou internet offrent une diffusion musicale pléthorique, qu’en est-il des choix musicaux des élèves et comment se représentent-ils la musique? Quel vaste programme pour les amener à prendre de la distance et devenir tous les jours un petit peu plus curieux et un peu plus conscient du monde sonore qui les entoure. L’écoute musicale doit donc servir dans un premier temps une diversité culturelle. En ce sens, les listes officielles des documents d’accompagnement offrent une belle palette.

Il est également indispensable d’outiller l’élève afin de le faire basculer progressivement dans une écoute musicale de plus en plus active. Les notions disciplinaires abordées lors d’une écoute, aussi simples soient elles, doivent permettre de donner quelques repères qui fourniront ensuite une base pour structurer d’autres écoutes musicales.

Si l’écoute peut parfois être considérée comme une activité intellectuelle, elle passe aussi par le corps. A votre avis, que se passera-t-il dans votre classe si vous diffusez une musique de tambourinaires africains? Les élèves vont-ils rester figés sur leur chaise? Sans doute qu’une majorité va commencer à se dandiner…  Quelle est donc la place du corps dans notre discipline?

Rythme & corps

Nous venons de présenter très succinctement les pratiques vocales, l’expression collective, mais qu’en est-il des percussions corporelles et de la pratique instrumentale? Dans la majorité des cas, ces pratiques se centrent plutôt sur des activités rythmiques. Un travail mélodique, à partir d’instruments de musique ou d’objets sonores, n’est pas exclu, mais demande peut-être un regard plus expert.

C’est le moment où le corps, peut enfin s’exprimer, bouger, frapper et explorer toutes sortes de modes de jeu. Au delà des notions disciplinaires basiques qui sont parfois abordées dans ce genre de pratiques, le corps y est directement impliqué. La motricité, la latéralité, le mouvement rythmique, pulsé ou encore le geste instrumental deviennent un terrain d’exploration assez jubilatoire du point de vue des élèves, créant parfois une certaine effervescence…

L’engagement du corps est tout aussi important dans la pratique vocale :  gestion du souffle, posture appropriée, détente corporelle. L’objet de l’article étant de présenter très succinctement quelques grandes lignes de l’enseignement musical en école primaire, certains points seront plus spécifiquement développés ultérieurement. Pour terminer nous rajouterons peut-être deux notions clefs qui ne sont pas exclusivement disciplinaires mais qui apparaissent dans les programmes à savoir : le codage et la créativité.

Supplément au menu

Dessiner pour mieux entendre ou pour mieux jouer?

Le codage parfois qualifié de musicogramme peut se présenter sous la forme d’un dessin ou d’une partition simplifiée permettant d’explorer plus facilement un document sonore. Ce schéma pourra fournir un point d’appui pour vérifier si les élèves ont réussi à repérer certains éléments du langage musical. L’autre utilisation peut se faire sous forme de dictée musicale, comme par exemple dessiner un rythme entendu. Comment retranscrit-on les paramètres du son, quels sont les choix effectués? A l’inverse, le codage peut aussi être un support de lecture. Comment lisez-vous cette partition? Ce codage rythmique? L’intérêt du codage est sans doute cet aller-retour entre oral et écrit; il prend tout son sens en cycle 1 car il  permet d’installer des réflexes de lecture tout en jouant.

Et l’improvisation dans tout ça?

Nous avons précédemment évoqué les jeux vocaux improvisés, mais la création peut prendre plusieurs aspects allant de la confection d’instruments, à l’écriture de paroles, en passant par l’improvisation vocale ou rythmique… Dans tous les cas ces activités permettent à l’élève de s’affirmer et de proposer quelque chose d’un peu plus original, moins normatif, ce qui n’est pas chose aisée. Au final, la place accordée à la création ou l’improvisation dans le système scolaire reste infime. Beaucoup d’enseignants frileux dans ce domaine, ne s’autorisent pas, peut-être par peur du débordement? En effet, la plupart du temps, les élèves investissent cet espace de liberté souvent avec empressement et joie ce qui nécessite un cadrage assez net de la part de l’enseignant.

Coda

Une séquence d’éducation musicale doit donc articuler une partie ou parfois l’intégralité de ces pratiques tout en faisant apparaître une progression pédagogique. La difficulté étant de lier l’ensemble tout en proposant un programme fluide, varié et justement dosé.

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